La flamme du Canigò en pays catalans durant la Covid-19


Synopsis

L’origine des Feux de la Saint-Jean est associée aux fêtes païennes qui rendaient un culte au soleil en faisant de grands feux de joie pour le solstice d’été.


Cette tradition a était perpétuée pendant de nombreuses années et ce jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Il faudra attendre 1947 pour qu’elle soit restaurée par « El Cercle dels Joves » en Catalogne. Depuis, chaque année, des feux de joie sont allumés par la « flamme du Canigó » le 23 juin. Puisque le solstice d’été est la journée la plus courte de l’année, les feux sont présents dans l’ensemble des villages du département des Pyrénées-Orientales (P-O) pour les éclairer jusqu’à l’aube. Ils symbolisent la lumière qui vient vaincre l’obscurité et purifier les populations.
Cette « flamme du Canigó » a été créée grâce à un rayon du soleil en haut du Castillet à Perpignan, en 1963 par J.Iglesis, J.Deloncle, et M.Mestre, membres del « Cercle dels Joves ». Elle y est depuis conservée toute l’année. Comme il s’agit d’une vieille prison d’Etat où des catalans ont été torturés pour avoir voulu préserver leur identité catalane, les créateurs de la flamme ont souhaité que « cette prison de haine devienne pour la flamme, une maison d’amour. »
Par la suite, en 1966, la flamme a été amenée au col d’Ares, à la frontière entre la Catalogne Nord et la Catalogne Sud afin de les réunir. Elle est arrivée jusqu’à Barcelone, Montserrat et Valencia en 1967. Et en 1972, Jean Iglésis a initié la montée de fagots, appelée « la Trobada du Canigó », au pic de la montagne sacrée des catalans, le Canigó, la veille de la Saint-Jean, par chaque commune des P-O. Depuis 1980, la flamme est ensuite devenue le symbole de la « Festa Nacional dels Països Catalans ».
Depuis, chaque année, trois montagnards sont désignés pour transmettre cette flamme à tous les villages du département des P-O. La flamme, lors de sa distribution, est accompagnée d’un message de fraternité et d’amour.


Malgré la pandémie du Covid-19 qui a fortement modifié l’organisation de cette fête, les membres du Cercle de la « flamme du Canigou » ont tout de même tenu à fêter cette tradition en cette année 2020. La troisième phase du déconfinement ayant été lancée le 22 juin, les regroupements de personnes ont été à nouveau possibles mais avec le devoir de respecter au maximum les gestes barrières.

Comme chaque année, la cérémonie a débuté au Castillet à Perpignan le 17 juin. La flamme a été récupérée par les trois montagnards du « Cercle- Flamme » du Canigou désignés cette année. Le lendemain, une cérémonie du partage a eu lieu à Ria, berceau de la Catalogne, où il a été remis aux trois montagnards, trois poignées de terre provenant de Ria, trois gourdes d’eau des thermes de Vernet-les-Bains, trois sacs de sel de Collioure, un rameau d’olivier de Saint-Jean-Pla-de-Corts, et un parchemin « Pau i Treva de Déu » de Toulouges. Le 20 juin a commencé l’ascension de la flamme jusqu’au sommet du Pic du Canigó, montagne culminant à plus de 2000m d’altitude. Le 22 juin à minuit le pic du Canigó était illuminé. La flamme est arrivée le lendemain matin à 11 heures à Vernet-les-Bains, premier village du voyage de la flamme et des trois montagnards.
La flamme est ensuite transmise aux villageois de Vernet-les-Bains en allumant un gros brasier. La fête peut alors commencer, une « cobla », un groupe de musiciens catalans, interprète des morceaux traditionnels. Elle est habituellement accompagnée de nombreuses personnes dansant la Sardane, une danse traditionnelle catalane. La crise sanitaire de cette année a atténuée ce moment de partage, seules quelques personnes se sont lancées dans la danse.
Afin d’amener la flamme dans l’ensemble des villages des P-O, un convoi exceptionnel transporte la flamme accompagnée des trois montagnards.
Le convoi est ouvert par un groupe de motard dont certains sont membres du groupe « Perpignan 66 Chapter France ».
Seconde destination de la journée : Perpignan. Une fois la flamme a nouveau accueillie aux portes du Castillet, des membres de l’association de la flamme du Canigou, distribuent dans le cœur de la ville de Perpignan, des bouquets d’herbes protectrices aux passants. Ces bouquets sont composés de quatre herbes spécifiques cueillies le matin du 23 juin. La tradition veut que ce soit une feuille de noyer, une autre de millepertuis, une troisième d’immortelles et de l’orpin. Ces bouquets sont parfois encore accrochés aux portes des habitations pour attirer la chance et le bonheur dans la maison.
Lorsque la flamme arrive dans les villages, les maires l’accueillent avec un petit discours, la flamme est ensuite transmise à l’aide de bougies, d’une lampe à huile à une autre.
Certains villages accueillent les trois montagnards avec un « porró », un pichet à vin traditionnel catalan qui se boit à la « régalade », c’est à dire à la bouteille, sans que celle-ci ne touche les lèvres. Les personnes présentes se partagent le vin avec une grande convivialité.
Certains villages encore accueillent les trois montagnards avec des rousquilles, biscuits traditionnels catalans en forme d’anneau enrobés d’un épais glaçage blanc au citron et/ou à l’anis, ainsi que de la Sangria, un cocktail sucré à base de vin et du muscat catalan, un vin produit dans les P-O.
Pour sensibiliser les nouvelles générations à la flamme du Canigou et son message de fraternité et d’amour, les montagnards proposent aux enfants de récupérer la flamme.
Certains membres des associations de la flamme du Canigou, parfois âgés, ont malgré les risques liés à la Covid-19, tenu à faire la fête de la Saint-Jean.
A Collioure, la flamme est descendue du Fort Saint-Elme, fort militaire situé au-dessus de la plage du Faubourg. Un des jeunes hommes qui a participé à l’arrivée de la flamme, pose fièrement auprès de son grand-père.
Afin d’amener la flamme d’une rive à l’autre, les membres de l’association ainsi que le maire de Collioure ont été accompagnés d’une « cobla », sur des barques catalanes permettant la traversée de la baie.
A Collioure, la tradition veut qu’il y ait deux feux de la Saint-Jean en réponse à la demande de la population de la ville parfois en rivalité. Le maire de Collioure ainsi qu’un membre de l’association de la flamme allument le bucher de la plage du Boramar.
Embrasement du feu de la plage du Faubourg. La fête peut alors commencer sur les deux rives de Collioure. Contrairement aux autres années, la plage est interdite d’accès à l’ensemble du public et personne n’a pu s’approcher du feu comme cela se fait traditionnellement. Seuls trois villages du département ont été autorisés à faire un bucher.
La soirée finit en sardanes, éloigné du feu de la Saint-Jean. En cette année particulière, le bucher a été éteint à minuit, alors qu’il aurait du éclairer la ville jusqu’au lendemain à l’aube. La flamme quant à elle restera dans les murs du Castillet jusqu’à l’année prochaine.
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